par Bernhard Warner
LONDRES (Reuters) - La plupart des internautes ont sans doute reçu un message électronique diffusé depuis octobre et proposant
à ceux qui s'opposent à une action militaire contre l'Irak d'ajouter leurs nom et adresse au bas d'une pétition avant de la transférer à
tous leurs amis et collègues.
Le message, intitulé "International Petition for Peace" ou "Pétition de l'Onu" en français, demande à chaque 500e signataire de
renvoyer la liste à une adresse électronique du Centre d'information des Nations unies à Washington, l'United Nations Information
Center (UNIC).
De telles pétitions par courrier électronique sont un des exemples évidents de l'utilité de l'internet pour fédérer les voix des
partisans de la paix et des bonnes volontés de tous ordres. Mais ce mode de pétition recèle aussi quelques inconvénients: non seulement
les messages sont parfois ignorés -- et souvent avec raison -- par leurs destinataires, mais ils servent aussi à répandre des virus et
surtout à collecter des adresses en vue de l'envoi massif de courrier non sollicité, ce que l'on nommé communément du "spam".
En l'occurrence, signer et propager la soi-disant "pétition pour la paix" ne sert absolument à rien car l'UNIC a fermé l'adresse
mentionnée et détruit automatiquement tout message comportant le texte de la pétition afin de préserver le bon fonctionnement de ses
serveurs de courrier électronique.
L'organisme onusien a publié sur son site web un communiqué suggérant aux citoyens désireux de faire connaître leur opposition à la
guerre en Irak de s'adresser aux responsables politiques de leur pays.
"Les Nations unies ne s'occupent pas de solliciter, ni de collecter des pétitions. Nous suggérons, puisqu'il appartient aux
gouvernements membres de l'Onu de décider des actions à mener dans telle ou telle situation, que les citoyens contactent leur propre
gouvernement", peut-on lire sur le site de l'UNIC (http://www.unicwash.org).
LE MOUVEMENT PACIFISTE S'ORGANISE SUR INTERNET
Néanmoins, la facilité avec laquelle il est possible de collecter des milliers d'adresses électroniques et de solliciter autant de
personnes constitue un eldorado trop tentant pour les prosélytes de tout poil, prompts à déployer une batterie de sites web, mailings
de masse et forums de discussion pour rallier les internautes à leur cause, quelle qu'elle soit.
L'échange d'informations par internet a été une des raisons majeures du succès de la journée de manifestations pacifistes organisée
le 18 janvier dernier dans 30 pays par le collectif anti-guerre International Answer (http://www.internationalanswer.org/).
L'association pacifiste (Answer est le sigle pour "Act Now to Stop War and End Racism", Agissez maintenant pour stopper la
guerre et mettre fin au racisme) tient ses militants informés par courrier électronique des préparatifs de sa prochaine action, une
semaine de manifestations à partir du 13 février.
Le site web Peace.protest.net (http://pax.protest.net) recense lui les différentes manifestations pour la paix, depuis une marche
pacifiste à Berkeley, en Californie, jusqu'à un concert donné par quelques groupes locaux à Belfast, en Irlande.
Mais le monde politique continue d'accorder moins de foi au courrier électronique qu'à son ancêtre postal ou au téléphone. Et les
campagnes à l'échelle mondiale permises par l'internet se heurtent souvent au scepticisme des responsables politiques locaux.
"Je crois que le principal problème avec notre pétition est que, alors qu'elle est internationale dans son discours et ses signataires,
elle ne s'est adressée à aucun représentant de quelque pays que ce soit", a déclaré à Reuters par courrier électronique Sarah
Nicholson, une Australienne membre de l'association américaine Mothers for Peace, "Mères pour la Paix".
DE NOMBREUX ECUEILS
Quand elles sont mal faites (parfois à dessein), les pétitions par courrier électronique peuvent par ailleurs entraîner la saturation
et la mise hors fonction des serveurs du site web ou de la messagerie auquel elle s'adresse. Ce qui n'a pour seul effet que d'empêcher
que son destinatiare la reçoive.
"C'est un nouveau moyen de communication. Et son mode d'emploi doit encore être amélioré", a souligné Richard Sanders, un
Canadien responsable de l'association Coalition to Oppose the Arms Trade (COAT ou Coalition contre le commerce des armes) qui
milite depuis 1998 contre les ventes d'armes canadiennes avec un site web (http://www.ncf.carleton.ca/coat/).
"Ne faites pas de pétitions de masse par courrier électronique. Elles ne servent à rien. Elles sont comme un virus", a-t-il conseillé.
Un des exemples les plus représentatifs remonte à 1995, une époque où l'internet était encore le domaine réservé d'universitaires,
de scientifiques et d'informaticiens. Irrités par un projet de loi qui menaçait les subventions à l'audiovisuel public, deux étudiants de
l'université du Colorado ont propagé une pétition par courrier électronique pour solliciter un soutien dans leur lutte contre le projet.
Ils demandaient dans leur message de le renvoyer sur leur adresse électronique universitaire à chaque fois que la liste atteignait 50
signataires. Le seul effet a été de provoquer l'effondrement récurrent du serveur internet de l'université et plusieurs années après
l'abandon du projet de loi, la pétition "National Public Radio" continue à circuler.
UN VECTEUR PRIVILEGIE POUR LES VIRUS
Les pétitions, réelles ou non, sont aussi un moyen facile de collecter des adresses électroniques, une matière convoitée par les
concepteurs de virus informatiques et les auteurs de messages publicitaires abusifs, dont certains provoquent parfois des effets
néfastes sur l'ordinateur des récipiendaires.
La pétition des "Mothers for Peace", consultable sur le site web spécialisé PetitionOnline
(http://www.petitiononline.com/peacema/petition.html), comporte ainsi un avertissement à propos du virus Sircam, qui contamine les
documents bureautiques et entraîne la suppression progressive de tous les fichiers du disque dur.
"Je reçois beaucoup de virus. Chaque fois qu'une personne inscrite dans mon carnet d'adresses reçoit un virus, je le reçois", s'est
plaint Richard Sanders, de COAT, ajoutant que certains "spammeurs" recherchaient les sites de pétitions pour y collecter des
adresses électroniques.
La meilleure façon de procéder reste l'envoi par courrier électronique d'une invitation à signer la pétition aux personnes ayant
exprimé leur intérêt.